Comparatif
Teintelle ou un tableur de suivi des pièces, lequel tient
Beaucoup d’ateliers tiennent leur activité dans un tableur, une ligne par pièce, des colonnes ajoutées au fil des besoins. C’est gratuit, souple, et cela résout le premier problème, savoir ce qui est en cours. La difficulté commence quand une ligne doit porter six photos, une recette de bain, un accord daté sur des risques précis et une fiche d’entretien. Le tableur ne s’effondre pas, il se met simplement à mentir par omission.
Le comparatif poste par poste
| Critère | Teintelle | le tableur de suivi des pièces |
|---|---|---|
| Suivi des pièces en cours | Vue par étape, du dépôt à la livraison | Très bon, une ligne par pièce et un filtre |
| Photos rattachées à la pièce | Six prises de vue guidées, stockées avec le dossier | Liens vers un dossier d’images, cassés au premier rangement |
| Recette de bain structurée | Colorant, proportion, température, durée, rinçage, résultat sec | Colonne de texte libre, remplie inégalement |
| Score de faisabilité par couleur cible | Recalculé à chaque changement de cible, trois hypothèses gardées | Formule maison à maintenir soi même |
| Devis envoyable à la cliente | Quatre postes séparés, prêt à envoyer | À recopier dans un traitement de texte |
| Acceptation écrite des risques | Cases cochées par la cliente, horodatées | Impossible sans bricolage de formulaire |
| Fiche d’entretien personnalisée | Générée depuis la recette utilisée | Modèle générique copié collé |
| Travail à plusieurs | Carnets de bain séparés, vocabulaire imposé par les champs | Écrasements, versions parallèles, colonnes renommées |
| Export en cas de contestation | Un dossier complet en un fichier | Une ligne, sans les pièces jointes qui comptent |
| Coût | Abonnement mensuel, sans engagement de durée | Gratuit, plus vos heures de maintenance |
Le tableur gagne sur le suivi, il perd sur le dossier
Pour savoir combien de pièces sont en cuve, lesquelles attendent une réponse et lesquelles doivent partir vendredi, une feuille de calcul est difficile à battre. Vous filtrez, vous triez, vous ajoutez une colonne quand un besoin apparaît. Tant que l’unité de travail est la ligne, tout va bien. Le problème surgit quand l’unité de travail devient le dossier, c’est à dire un ensemble d’images, de textes structurés et d’accords datés attachés à une même pièce.
Une cellule ne porte pas six photographies. Les ateliers contournent avec des liens vers un dossier d’images, et ces liens se cassent au premier rangement, au premier changement de téléphone, au premier renommage. Six mois plus tard, la ligne existe toujours, la colonne recette contient trois mots, et les photos du coupon témoin sont quelque part dans une pellicule, mélangées aux photos de famille. La donnée est là, la preuve n’y est pas.
Le texte libre ne fait pas une recette reproductible
Une colonne libre se remplit bien les trois premières semaines, puis se réduit. On y lit bain foncé, un peu plus longtemps, quarante minutes environ. Ces notes suffisent le lendemain et ne suffisent plus en avril. Une recette reproductible exige des champs distincts, colorant et proportion, volume, température, durée réelle, mordançage, rinçage, résultat photographié sec. Ce n’est pas de la bureaucratie, c’est ce qui permet de refaire deux fois le même bleu encre sur le même lin lavé.
La structure a un second effet, plus discret. Elle impose un vocabulaire commun, ce qui compte énormément dès que deux personnes teignent dans le même atelier. Trois intervenantes qui notent chacune à leur façon produisent trois carnets incompatibles, et le tableur partagé accélère seulement la collision, avec ses écrasements et ses colonnes renommées un vendredi soir. Des champs imposés règlent cela en quelques semaines, sans réunion et sans convention interne à rédiger.
Ce que le tableur ne pourra jamais faire signer
L’acceptation écrite des risques visibles est le point où la feuille de calcul s’arrête net. Vous pouvez écrire dans une cellule que la cliente a été prévenue de la prise inégale entre fibres. Vous ne pouvez pas produire une trace horodatée de la lecture et de la validation par la cliente elle même. Or c’est précisément cette trace qui transforme un litige en conversation de cinq minutes, et son absence qui fait basculer les désaccords au commercial.
Le même écart vaut pour la fiche d’entretien. Un modèle générique copié collé donne des consignes qui ne correspondent pas au bain réellement conduit, ce qui est parfois pire que rien, car une cliente qui suit une consigne inadaptée et voit sa pièce dégorger vous reprochera la consigne. Une fiche construite à partir de la recette utilisée, puis rappelée à l’approche du premier vrai lavage, appartient à une autre catégorie d’outil.
Quand l’alternative reste le bon choix
Si votre volume est faible et régulier, si vous travaillez seule, et si vos clientes sont des habituées qui savent déjà que la teinture artisanale donne un rendu vivant, le tableur fait le travail sans rien coûter. Il reste également le bon choix pendant la phase où vous cherchez encore votre méthode, parce qu’il ne vous impose aucun cadre. Le jour où vous facturez des essais, où vous acceptez des pièces sentimentales de valeur ou où une deuxième paire de mains rejoint la paillasse, ses limites deviennent des risques.
Le verdict
Gardez le tableur pour ce qu’il fait très bien, la vue d’ensemble des pièces en cours et vos petits calculs de saison. Confiez le dossier de pièce à un outil qui sait tenir ensemble les six photos, la recette structurée, le devis en quatre lignes, l’accord horodaté et la fiche d’entretien. Ce n’est pas une question de confort, c’est la différence entre une ligne qui décrit une pièce et un dossier qui la défend.
Questions frequentes
- Puis-je importer mon tableur existant ?
- Les colonnes utiles se reprennent, nom de la cliente, pièce, date de dépôt, couleur de départ et couleur obtenue. Les colonnes de texte libre, elles, se relisent au cas par cas, parce que c’est le moment de séparer ce qui était mélangé, la recette d’un côté, les observations de l’autre. Comptez une soirée pour une année d’activité d’atelier seule.
- Mon tableur calcule déjà mes prix, est-ce perdu ?
- Non, et il n’y a aucune raison d’y renoncer. Beaucoup d’ateliers gardent leur feuille de coût horaire et de marge, qui reflète leur situation réelle bien mieux qu’un barème extérieur. Le calculateur de prix d’une recoloration proposé ici sert surtout à vérifier votre logique, poste par poste, quand un dossier vous semble anormalement long ou anormalement peu rentable.
- Une feuille partagée ne suffit-elle pas à travailler à trois ?
- Elle permet de voir la même liste, ce qui est déjà utile. Elle ne suffit pas à teindre de la même façon, parce que rien n’impose le même vocabulaire ni le même niveau de détail. Des carnets de bain séparés avec des champs identiques règlent le problème plus vite qu’une convention interne, et surtout ils survivent au départ ou à l’absence d’une des intervenantes.
Teintelle ou un tableur de suivi des pièces, lequel tient
Gardez le tableur pour ce qu’il fait très bien, la vue d’ensemble des pièces en cours et vos petits calculs de saison. Confiez le dossier de pièce à un outil qui sait tenir ensemble les six photos, la recette structurée, le devis en quatre lignes, l’accord horodaté et la fiche d’entretien. Ce n’est pas une question de confort, c’est la différence entre une ligne qui décrit une pièce et un dossier qui la défend.